La croix de les Eres.

19 octobre, encore une belle journée dans les pays de l’Orient pyrénéen!

Nous commençons par un passage à la maison de Portbou, où les divers travaux d’amélioration nécessitent quelques prises de mesures.

Surprise en arrivant !

Nous sommes bien le 19 octobre, et voilà que le poirier en bas du chemin est en fleurs ! Le malheureux ! La douceur et les pluies de l’automne lui ont fait croire que le printemps était là ! Hé bien, on peut déjà être sûr qu’il ne donnera pas de fruits en 2017, celui-ci.

Petite séquence observation et contemplation pour moi pendant la prise des mesures nécessaires par le responsable bricolage.

Et maintenant, en route pour aller marcher un peu sur le fil de la frontière, à la recherche d’une nouvelle croix – enfin, nouvelle pour nous – la 590 au Nord-Ouest du col de Banyuls.

La signalétique habituelle nous propose un choix de balades parmi lesquelles je n’ai encore jamais vu une borne ou une croix frontière, à l’exception peut-être du col des trois bornes au Pays Basque. Mais qu’à cela ne tienne, par ici la frontière suit plus ou moins la crête, et c’est vers la gauche que nous nous dirigerons, tout d’abord vers le petit refuge tout proche (0,1K, dit le panneau) où nous allons profiter des bancs maçonnés pour prendre notre casse-croûte avant d’attaquer la balade proprement dite.

Il y a même un portemanteau pour accrocher sa veste pendant le repas ! Quel confort !

L’endroit est propre et bien entretenu, il y a même de l’eau (à utiliser avec parcimonie, bien entendu). Je ne sais pas s’il est très fréquenté, c’est la deuxième fois que nous y venons et nous n’y avons vu personne, mais nous avons apprécié l’endroit.

Après s’être restaurés, nous attaquons la première montée, plutôt raide. En nous retournant, nous voyons le col de Banyuls en bas, et même au bord de la route la borne frontière 591, si l’on regarde bien.

En regardant vers l’Est, la crête de l’Albère qui continue jusqu’à la mer est dominée par le Querroig, derrière lequel se trouvent les villages de Cerbère et Portbou.

Nous suivons un sentier bien marqué, qui suit à peu près la crête.

Vers l’Est, c’est Banyuls. Nous longeons des plantations de cèdres.

Vers l’ouest, ce sont les vallonnements de l’Albère, et les sommets de Cerdagne au-delà.

Plus près de nous, vers le nord, c’est le massif du Sallfort (980m) dont j’ignore si nous voyons ici le sommet, ou seulement des contreforts.

Lorsque nous atteignons le Pla de les Eres, c’est le balcon de La Madeloc avec sa tour qui nous barre la vue vers l’est

alors que vers le sud nous apercevons au loin la belle courbe de la baie de Roses. Le chemin continue encore un peu, quand soudain…

la voilà ! Elle est bien peinte et bien visible, mais la rangée d’arbres qui borde ici le chemin nous en sépare.

Il faut donc revenir un peu en arrière pour la voir bien dégagée sur son rocher.

Dans l’ACTE FINAL de l’accord de limites entre l’Espagne et la France par les Pyrénées, signé à Bayonne le 11 juillet 1868 se trouve l’article suivant :

590. Serrat de Castel-Serradillou et Pla de las Erès, où la croix est verticale, regardant l’Ouest, et à 15 mètres à l’Orient du sentier.

Bientôt 150 ans depuis la signature à Bayonne, et la croix est toujours là, fidèle au poste.

Il nous en reste encore beaucoup à découvrir !

 

La frontière dans les nuages.

Voilà bien un temps auquel on ne s’attend pas, lorsqu’on se promène à l’extrémité orientale des Pyrénées. Et pourtant, il faut bien le reconnaître, la météo n’y est pas toujours fabuleuse, et ce séjour de janvier nous l’a bien prouvé, avec son lot de nuages et même de pluies, « entrées maritimes » disent-ils à la météo.

Le jeudi, pour notre dernière balade-frontière, nous décidons de rester au plus près de la côte, et d’emprunter, pour réduire les distances à parcourir à pied, la piste qui amène en haut de la vallée de Portbou.

le départ au col

Nous y voilà ! Sur cette photo, pas impossible que la frontière traverse la voiture ! Nous allons nous diriger côté opposé au Querroig, car c’est dans cette direction que se trouvent les bornes ou croix que nous n’avons pas encore visitées.

vue vers Portbou

Côté Portbou, les nuages sont bien là, beuuuh…

vue vers Banyuls

Côté Banyuls, c’est mieux, le village est au soleil, comme nous pouvons le voir par dessous les nuages qui passent autour de nous.

le nuage

Mais nous nous dirigeons droit sur le nuage 😦

dans le nuage

Nous y voilà, et en plus il ne fait pas chaud !

la croix 596

Après la première montée, on a enfin trouvé la croix 596, après quelques recherches, ça n’a pas été évident, car elle n’est pas au bord du chemin et elle ne saute pas vraiment aux yeux.

Banyuls et le soleil

Même si nous sommes toujours dans les nuages, de temps en temps on arrive à voir par dessous et constater que Banyuls reste au soleil !

la borne 595

Après une transversale boisée, suivie d’une montée en pente douce  puis d’une descente plutôt raide, nous parvenons à la borne 595 alors que mon genou droit me procure soudain des sensations plutôt inquiétantes, suite à la dernière descente.

borne et croix 595

Nous découvrons que la borne 595 double une croix gravée sans doute plus ancienne, nous avons déjà rencontré cette configuration une fois au pays basque. Ici, un militant de la cause catalane est venu avec sa peinture écrire « tota cat » sur la borne, pour expliquer aux innombrables passants que la frontière n’avait pas lieu d’exister ; pour le même message, le nationaliste basque aurait plutôt tendance à amener une masse et à réduire la borne en miettes, chacun ses méthodes…

les ajoncs

Nous ne tenterons donc pas d’aller jusqu’à la borne ou croix 594 pour cette fois, genou oblige. Le retour s’effectue par le même chemin et toujours plus ou moins dans ou au ras des nuages. Dans la dernière descente vers la voiture, il y a une abondance d’ajoncs particulièrement fleuris en ce mois de janvier.

ajonc, détail

L’ajonc, une plante qui a du piquant, mais quelle floraison !

la Madeloc

Vers la France, les nuages ont presque disparu et la tour de la Madeloc domine la situation, comme elle le fait depuis le XIIIe siècle.

Vers Portbou au soleil

Vers Portbou, ce n’est que l’extrémité des terres qui reçoit un peu de soleil, les connaisseurs reconnaîtront la petite tache blanche de la maison familiale sur la montagne…

Banyuls au soleil du soir

…alors que côté français, c’est vraiment un air de beau temps, sur la côte. La frontière peut aussi être météorologique !

panorama vallée de Portbou

Comme nous redescendons en voiture par la piste, un arrêt me permet de tester la fonction panorama sur le smartphone -qui-fait-aussi-des-photos (en général pas terribles). A gauche, c’est le Querroig, plus haut sommet local au fond de la vallée, avec ses 670m d’altitude, à droite ça s’arrête vers le col frontière des Balistres, que l’on ne voit pas.

la baie de Portbou

Impossible de terminer sans passer par la maison vérifier que tout y est normal, et se délecter encore une fois du spectacle de la baie dans son écrin de montagne.