Les bornes de la Soule.

Hé non, bande d’ignares (pas tous, sûrement, mais quelques-uns quand même) ! Il ne s’agit pas d’une chronique sur l’alcoolisme féminin, mais seulement d’une (relativement) nouvelle balade sur la frontière franco-espagnole, en pays de Soule, cette dernière étant l’une des trois provinces du Pays Basque français.
D’accord, la nouveauté est très relative, s’agissant du 14 octobre 2017, il y a à ce jour plus d’une année. En tous cas cela me permet de stimuler ma mémoire, ce qui paraît-il est excellent pour retarder les effets de la maladie d’Alzheimer qui nous guette tous.
Ce 14 octobre 2017, donc, qui comme chacun se souviendra était un samedi, nous voici profitant du beau temps annoncé par les gazettes pour nous rendre, à grand renfort de diesel non surtaxé, jusqu’au col frontière appelé « port » de Larrau, (c’est ainsi que l’on désigne assez souvent les cols pyrénéens, bien que fort peu de bateaux y aient jamais été vus.)

Depuis le bourg de Larrau, situé à l’altitude de 627m, la route d’Espagne va nous amener au port à 1573m, ce qui fait une sacrée grimpette. On s’élève assez rapidement dès le début, en traversant une zone de forêt qui à cette époque commence à prendre les couleurs de l’automne…

…et même à en générer les petits à-côtés, comme ici cet élégant coprin surpris sur le bas-côté, hélas non comestible .

Nous voilà arrivés aux confins de la Navarre ! On se débarrasse de sa tenue de chauffeur pour adopter celle de randonneur.

Je repère tout de suite notre première borne, qui est juste à côté du parking, un peu plus haut. Mais ce n’est pas ce côté Ouest que nous allons explorer aujourd’hui, car la borne précédente 236 est censée se trouver au sommet du pic d’Orhy, qui n’est pas exactement à côté, et en plus il semble (cf Robert aux bornes des Pyrénées) qu’elle soit portée disparue ! Voilà qui est peu motivant, alors que le côté Est est bien plus prometteur.

Pourtant, c’est bien vers l’Ouest que la plupart des visiteurs se dirigent, car c’est pour l’ascension du pic d’Orhy qu’ils sont venus ; c’est un grand classique et un merveilleux promontoire. Je n’étais pas bien vieille la première fois que j’y suis montée, et ce fut ma première expérience au-dessus d’une mer de nuages. Je retrouve maintenant encore le souvenir de mon émerveillement. Mais je ne me souviens pas si le mur de palombières que l’on découvre ici s’y trouvait déjà, mémoire sélective sans doute.

Côté français, nous sommes juste au-dessus des derniers lacets de la route.

Quittant le col du côté opposé à l’Orhy, nous commençons par y répertorier la borne 237bis, avant de croiser une petite troupe de chevaux débonnaires.

En nous retournant, nous apercevons de l’autre côté du col la traversée fantastique d’un troupeau de moutons, que je ne sais pourquoi j’aime imaginer sur le fil d’une étroite vire rocheuse alors qu’il n’en est peut-être rien.

Tandis que nous suivons la ligne de crête, la pente s’accentue sur notre droite, c’est-à-dire côté espagnol. Les déplacements du bétail y ont creusé d’innombrables sentes qui ressemblent à des traces de scarification.

Au sommet de l’Achourterrigagna (délicieux nom qui nous rappelle au passage que nous sommes bien en Pays Basque) , nous trouvons comme prévu la borne 238. La clôture qui passe juste à côté semble bien suivre à peu de chose près la ligne frontière.

Deux petites fleurs à la fois très semblables et très différentes s’épanouissent encore malgré la saison avancée.

Sur notre côté gauche, une piste balafre de part en part le flanc de la montagne.

Nous voici maintenant au port de Betzula, où quelques chasseurs surveillent on ne saura pas quoi (le chasseur est volontiers randonophobe, apparemment).

C’est l’heure du casse-croûte, que nous prenons en nous abritant du vent derrière une palombière vide, lui conférant pour quelques instants un usage plus pacifique ; puis nous reprenons notre cheminement le long de la crête, où nous parvenons maintenant à la borne 240, qui subit ici un petit toilettage avant d’être photographiée de plus près.

Nous suivons le tracé de la HRP (haute randonnée pyrénéenne), qui bénéficie d’un balisage entretenu. Je ne résiste pas au plaisir de vous montrer ce cairn un peu particulier…

…ainsi que cette carline ayant échappé à la perspicacité des ramasseurs locaux. Ces fleurs sont très prisées au Pays Basque, on les met sur les portes des maisons, dont elles éloignent les sorcières.

De là, en nous retournant, nous avons une belle vue d’ensemble sur le pic d’Orhy.

Nous atteignons enfin la borne 241, la dernière pour cette journée.

Le chemin du retour est le même que celui de l’aller, mais nous avons aperçu les chasseurs qui coupaient à travers la montagne pour rejoindre directement la piste. Je vais donc suivre le même itinéraire qu’eux tandis que Daniel ira jusqu’au col récupérer la voiture, ce qui permettra d’épargner un petit peu mes genoux bien usagés.

C’est donc à proximité de ce très moderne abreuvoir en béton que je vais attendre l’arrivée de mon chauffeur préféré, avant de reprendre en sa compagnie la route du retour.

 

Urculu.

En voilà un drôle de nom, en fait on prononce « ourcoulou » mais c’est drôle quand même. Nouvelle expédition au coeur du pays basque, vous l’aurez aisément deviné. Toujours le long de la frontière, en cherchant de nouvelles bornes, aux environs de cette montagne particulière nommée Urculu. Nous voilà déjà le 6 décembre, et puisque c’est ma fête j’ai bien le droit de choisir le but de la sortie du jour. C’est de nouveau la vallée de la Nive qu’il faut commencer par remonter, et aujourd’hui il est assez tôt pour que le pont de Bidarray soit éclairé par le soleil, on a donc droit à un arrêt-photo pour lui tirer enfin le portrait.

le pont Noblia

Il est magnifique, ce vieux pont Noblia, parfois appelé pont d’enfer, bien que cette appellation semble contestée. Construit au XIVe siècle, il a eu le temps de susciter plusieurs légendes, et comme cette photo montre bien la perfection du cercle formé par l’arche centrale avec son reflet, je peux vous dire que pour cette raison on en attribue la construction aux laminak, lutins de la mythologie basque.

Mais continuons notre route, jusqu’à Saint Jean Pied de Port, puis vers le sud en suivant la D428, pour finir par atteindre le col d’Arnostéguy à 1236m d’altitude, et au pied de l’Urculu avec ses 1419m.

col d'Arnostéguy

Nous voilà arrivés !

la borne 205

Notre première borne du jour, c’est la 205, elle est juste là au col, au pied du poteau signalétique.

les ornières

D’après la carte, la 204 n’est pas bien loin côté ouest, allons-y donc, les ornières nous montrent le chemin.

près d'Arnostéguy

En se retournant, on peut voir apparaître le pic d’Orhy au sommet enneigé, c’est le premier sommet qui dépasse l’altitude 2000 en partant de l’Océan.

le col et l'Urculu

Un peu plus à gauche, c’est le col, dominé par l’Urculu surmonté de sa tour romaine, dont seule la base subsiste.

la borne 204

Voilà la borne 204 que nous cherchions, la clôture y est adossée, et il a fallu passer par dessus pour prendre cette photo.

montée vers l'Urculu

Après être repassés au col, nous attaquons la montée vers l’Urculu, car c’est de ce côté-là que nous trouverons la borne suivante.

le col vu d'en haut

Là encore, en se retournant, on peut surveiller le col et les routes qui y mènent. On voit une petite troupe de chevaux suivie d’une voiture, peut-être un éleveur qui déplace ses bêtes, ou juste un promeneur qui patiente pour arriver au col.

près du sommet

En approchant du sommet, l’itinéraire prend des airs de haute montagne, avec tous ces rochers. Il reste même un peu de neige…

les chevaux et la tour

Mais une fois les rochers franchis, on retombe sur une zone herbeuse occupée par des chevaux.

un cheval

Ils ne sont guère farouches, ils continuent tranquillement leur repas tandis que nous passons à côté d’eux.

les grues

De grands cris attirent soudain notre regard vers le ciel : un vol de grues qui s’en va vers le Sud, bonnes vacances les filles !

près du sommet

Beaucoup de zones rocheuses autour de ce sommet. Les chevaux semblent s’en accomoder.

l'orhy et le cheval

De là aussi on voit le pic d’Orhy, vers l’Est.

la borne 206

La borne 206 se voit de loin !

la croix 207

La croix 207 est moins facile à trouver, et sa situation m’a obligée à utiliser le gros zoom pour la photographier. Concernant les lettres ELAH peintes au-dessous, je n’ai trouvé aucune explication !

panorama

On profite encore un peu du panorama, et du soleil qui éclaire encore les sommets au loin.

Nabahandi

Nous décidons de revenir au col en coupant à flanc de montagne, plutôt que de repasser par le sommet. Nous découvrons, au-dessous de nous, la cabane pastorale Nabahandi, au bord de la route.

la Vierge d'Orisson

Nous reprenons la voiture au col et reprenons la route en sens inverse pour le retour ; au passage, un petit arrêt au niveau de la Vierge d’Orisson que les tout derniers rayons du soleil éclairent encore pour un instant.