Un petit saut plaine d’Ansot.

La plaine d’Ansot, c’est un espace naturel protégé aménagé dans les barthes de la Nive à l’entrée de Bayonne. L’entrée de la Nive, bien sûr, pas celle des gens, qui n’empruntent plus beaucoup les rivières pour se déplacer. Mais c’est quoi,  les barthes ? Il y en a le long de la Nive, de l’Adour, de la Nivelle à Saint-Jean-de-Luz ; ce sont, en Gascogne et au Pays Basque, les zones inondables qui longent les cours d’eau. Connectées à la rivière, elles sont soumises aux variations des niveaux d’eau qui dépendent à la fois de la pluviométrie et éventuellement, comme c’est le cas ici, du battement des marées, car la plaine d’Ansot se trouve dans la partie maritime de la Nive.
Autant dire que ce n’est pas toujours facile d’aller se promener là-bas, car le site reste parfois fermé durant de longues périodes en raison des pluies sur le Pays Basque intérieur, qui font monter le niveau de l’eau et rendent le lieu impraticable sauf peut-être en barque. Mais le 25 octobre, il n’y avait pas de problème, et voici quelques photos de notre petite promenade.

Pour y accéder, il y a un grand parking au lieu dit La Floride sur la rive gauche, et une passerelle (le pont Blanc) construite en utilisant les piles d’un ancien pont ferroviaire autrefois démoli et vendu à la ferraille.

Limité par la Nive d’un côté et par l’autoroute de l’autre, le lieu couvre une centaine d’hectares.

Même lorsque ce n’est pas inondé, l’eau est partout, drainée par fossés et ruisseaux.

De nombreux sentiers parcourent le sous-bois.

Les ruisseaux se remplissent ou se vident au rythme des pluies et des marées.

C’est l’automne, la saison préférée des champignons, qui envahissent les souches mortes en rangs serrés !

Le long du chemin d’Ansot poussent des cardères sauvages qui me paraissent encore bien vertes pour la saison.

Évidemment, le site ne ferme pas très tard, et il faut presser le pas pour rejoindre la sortie et ne pas se faire enfermer ! Nous reviendrons, c’est sûr…

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La croix de les Eres.

19 octobre, encore une belle journée dans les pays de l’Orient pyrénéen!

Nous commençons par un passage à la maison de Portbou, où les divers travaux d’amélioration nécessitent quelques prises de mesures.

Surprise en arrivant !

Nous sommes bien le 19 octobre, et voilà que le poirier en bas du chemin est en fleurs ! Le malheureux ! La douceur et les pluies de l’automne lui ont fait croire que le printemps était là ! Hé bien, on peut déjà être sûr qu’il ne donnera pas de fruits en 2017, celui-ci.

Petite séquence observation et contemplation pour moi pendant la prise des mesures nécessaires par le responsable bricolage.

Et maintenant, en route pour aller marcher un peu sur le fil de la frontière, à la recherche d’une nouvelle croix – enfin, nouvelle pour nous – la 590 au Nord-Ouest du col de Banyuls.

La signalétique habituelle nous propose un choix de balades parmi lesquelles je n’ai encore jamais vu une borne ou une croix frontière, à l’exception peut-être du col des trois bornes au Pays Basque. Mais qu’à cela ne tienne, par ici la frontière suit plus ou moins la crête, et c’est vers la gauche que nous nous dirigerons, tout d’abord vers le petit refuge tout proche (0,1K, dit le panneau) où nous allons profiter des bancs maçonnés pour prendre notre casse-croûte avant d’attaquer la balade proprement dite.

Il y a même un portemanteau pour accrocher sa veste pendant le repas ! Quel confort !

L’endroit est propre et bien entretenu, il y a même de l’eau (à utiliser avec parcimonie, bien entendu). Je ne sais pas s’il est très fréquenté, c’est la deuxième fois que nous y venons et nous n’y avons vu personne, mais nous avons apprécié l’endroit.

Après s’être restaurés, nous attaquons la première montée, plutôt raide. En nous retournant, nous voyons le col de Banyuls en bas, et même au bord de la route la borne frontière 591, si l’on regarde bien.

En regardant vers l’Est, la crête de l’Albère qui continue jusqu’à la mer est dominée par le Querroig, derrière lequel se trouvent les villages de Cerbère et Portbou.

Nous suivons un sentier bien marqué, qui suit à peu près la crête.

Vers l’Est, c’est Banyuls. Nous longeons des plantations de cèdres.

Vers l’ouest, ce sont les vallonnements de l’Albère, et les sommets de Cerdagne au-delà.

Plus près de nous, vers le nord, c’est le massif du Sallfort (980m) dont j’ignore si nous voyons ici le sommet, ou seulement des contreforts.

Lorsque nous atteignons le Pla de les Eres, c’est le balcon de La Madeloc avec sa tour qui nous barre la vue vers l’est

alors que vers le sud nous apercevons au loin la belle courbe de la baie de Roses. Le chemin continue encore un peu, quand soudain…

la voilà ! Elle est bien peinte et bien visible, mais la rangée d’arbres qui borde ici le chemin nous en sépare.

Il faut donc revenir un peu en arrière pour la voir bien dégagée sur son rocher.

Dans l’ACTE FINAL de l’accord de limites entre l’Espagne et la France par les Pyrénées, signé à Bayonne le 11 juillet 1868 se trouve l’article suivant :

590. Serrat de Castel-Serradillou et Pla de las Erès, où la croix est verticale, regardant l’Ouest, et à 15 mètres à l’Orient du sentier.

Bientôt 150 ans depuis la signature à Bayonne, et la croix est toujours là, fidèle au poste.

Il nous en reste encore beaucoup à découvrir !

 

Le prieuré de Marcevol.

Après le retour à Anglet, nous voilà hélas de nouveau à Argelès le 17 octobre pour l’adieu à Gaby.

Comme il n’est pas question de faire un aller-retour trop rapide, et qu’il y a encore de l’occupation dans la maison d’Argelès pour Daniel, j’étudie la carte de la région pour me trouver une petite balade culturelle le lendemain après-midi. Mon choix se porte sur un monument dont je n’ai même jamais entendu parler, le prieuré de Marcevol, sur les hauteurs de la vallée de la Têt, à peu près à mi-chemin entre Ille-sur-Têt et Prades. En route !

Le prieuré se trouve sur la commune d’Arboussols, un joli village que voici, et que je dois traverser avant de poursuivre vers mon but. La route, le village, les montagnes alentour où s’accrochent des nuages potentiellement menaçants, et même la lumière qui baigne le tout, cela n’est pas sans me rappeler mes vagabondages en Corse autour de Corte, pendant que Daniel tentait d’apporter la bonne parole statistique à des étudiants bien peu motivés. Mais poursuivons notre chemin.

Me voilà arrivée ! Une seule autre voiture sur le grand parking, ce n’est pas la foule des grands jours, et pourtant c’est bien ouvert. Mais je commence par m’intéresser à cette étonnante façade de l’église, que l’on peut approcher en pénétrant dans le petit cimetière.

Vraiment incroyable, ce portail de marbre rose ! Il est dit qu’il provient de la carrière de Villefranche-de-Conflent, c’est à 6km de Prades, soit à une douzaine de km d’ici. Le contraste entre les pierres qui forment ce portail ainsi que la fenêtre qui le surplombe et le reste de l’appareillage du mur est saisissant.

Juste au-dessus du portail, la fenêtre est de la même facture, surmontée d’une archivolte ornée de dents d’engrenage. Le décalage du campanile vers la droite serait dû à sa reconstruction à la suite du tremblement de terre de 1428, ayant occasionné ici comme en beaucoup d’autres endroits de Catalogne d’importants dégâts.

La porte, avec ses pentures ornées de spirales, est elle aussi étonnante.

L’ensemble, comme les détails, est très sobre et très géométrique, et met en valeur la beauté de la pierre.

Ce n’est pas seulement une différence de couleur !

Mais entrons maintenant à l’intérieur du prieuré ; pour cela, il faut faire assez vite, car la tramontane s’engouffre vivement dans la porte ouverte dans la façade ouest. L’accès permet surtout d’entrer à l’intérieur de l’église, le reste des constructions étant d’une époque plus récente, rien ne subsiste des anciens bâtiments du prieuré.

L’église, romane, a été bâtie entre 1129 et 1160 par les chanoines du Saint-Sépulcre. On voit ici la nef centrale, couverte d’une voûte en plein cintre, et ouverte sur l’abside.

La nef latérale côté Nord : elle aurait été reconstruite elle aussi à la suite du tremblement de terre.

Ultime témoignage du décor ancien de peintures qui recouvrait l’église, un Christ Pantocrator entouré d’anges a été restauré dans l’absidiole sud, on voit ici son visage que j’ai trouvé d’une grande beauté.

Après cette visite, finalement assez rapide, je ressors dans la tramontane pour faire le tour des bâtiments.

Il me reste encore le temps d’aller jeter un œil au hameau de Marcevol tout proche.

Il est dominé par la petite église romane Nostra Senyora de las Grades (Notre-Dame des Escaliers), datant des XIe et XIIe siècles.

Pour y accéder, il faudrait passer derrière le mur, mais la porte est fermée et le panneau bleu indique que la restauration est en cours ; mais il n’y a pas de restaurateur à l’horizon.

Dépitée, je redescend les marches qui m’ont permis d’accéder à la porte fermée. Est-ce là l’escalier de Nostra Senyora ?

Pas facile d’avoir une vue d’ensemble du bâtiment, avec la végétation environnante.

Un passage entre deux vieux murs me permet de rejoindre la route. Une grande vigne vierge le pare de ses couleurs d’automne.

Un dernier regard vers Arboussols avant de reprendre la voiture…

…et aussi vers la vallée de la Têt, juste en contrebas, où le soleil porte un coup de projecteur sur un village que j’imagine être Vinça.

Balade en pays de l’Est : la borne 594.

9 octobre, nous revoilà côté catalan des Pyrénées. Les conditions sont favorables pour tenter une nouvelle expédition « borne », cette fois vers la croix frontière 594, à savoir la première qui manque à notre collection en partant à rebours depuis la fameuse (et ultime) borne 602 découverte dans sa grotte au mois de juillet dernier à l’aide de notre frêle esquif.

Cette borne 594 est celle qui semble la plus difficile à atteindre pour moi et mes genoux à handicap dans ces parages, vu la distance qui la sépare de la zone carrossable la plus proche. Annie nous fait le plaisir de se joindre à nous…

On a même fait un bout de piste en voiture pour raccourcir le plus possible le trajet à marcher. Préparatifs…

Autour de nous, côté français, le vignoble de Banyuls est dominé par la tour de la Madeloc.

De vignes en garrigues, la vue s’étend jusqu’à la mer.

La végétation offre un beau nuancier de verts, des lavandes papillon aux bruyères en passant par les cistes et autres plantes plus ou moins agressives pour les mollets du randonneur.

Sur le versant espagnol, les formes du relief sont encore plus douces, mais la mer n’est pas encore visible, elle se trouve plus sur la gauche.

Notre chemin monte maintenant rudement, et en nous retournant nous apercevons en contrebas le col de Banyuls, et même notre voiture un peu plus près de nous.

On a préféré le chemin le moins escarpé, qui passe à flanc côté français en évitant les crêtes. Il est aussi plus long, et pas toujours très déroncé (un néologisme que tout le monde comprendra je l’espère).

On m’attend en devisant gentiment.

Nous avons maintenant de nouveau rejoint les crêtes et découvrons au-dessous de nous vers le Sud les restes de l’abbaye bénédictine de Sant Quirze de Colera, construite entre les IXe et XIIe siècles.

Côté français, le village de Banyuls est maintenant bien visible, et la Grande Bleue mérite bien son nom.

Après le passage au coll del Torn et la croix frontière 593 que nous connaissions déjà, nous poursuivons vers le Puig d’en Jordà, puis le coll del Teixó. Nous restons encore impressionnés par la précision de l’altitude communiquée sur le panneau !…

La croix 594 ne peut plus être bien loin, elle n’est même pas à 1 cm sur la carte, mais elle se cache bien…

A quelques mètres du sentier, gravée sur un rocher plutôt insignifiant et enfoui dans les buissons de genêts, il a fallu la souligner à la craie pour la rendre bien visible sur les photos. Notre but atteint, nous pouvons pique-niquer sereinement avant d’entamer le chemin du retour.

Pas si large que ça, le sentier, dans le secteur !

Les chardons sont bien secs à cette saison, mais ils gardent bien leur piquant !

Notre chemin de retour suit davantage les crêtes, c’est beau.

Par ici, tous les chemins mènent au coll del Torn !

Une belle lumière sur le côté français…

Au-delà du balcon de la Madeloc, c’est la côte du côté d’Argelès.

Lorsque nous rejoignons la voiture, la lumière s’est faite plus dorée et donne des couleurs plus chaudes au paysage environnant. Mission accomplie, la croix 594 a été débusquée, au prix d’une superbe balade ; mais il nous en reste encore bien d’autres à découvrir !